L'âne est il en vogue ?

L'âne est il en vogue ?

Mon cheval de trait manifestait de l’inquiétude et n’a pas rechigné à monter dans le van pour rentrer à la maison.

« Il ira mieux lorsqu’il se rendra compte que tout est normal, hormis les oreilles… », s’exclamait l’entraineur d’attelage, un homme de cheval, et visiblement aussi un homme d’âne.

Cette simple anecdote laisse entrevoir une image des deux cousins : le noble est imprévisible, et le bourricot est placide. L’appréhension d’un cheval, imposant et craintif, fera pencher la balance en faveur d’un âne, plus petit avec un air de peluche. Alors voyageons succinctement à la découverte de cet équidé qui remporte un indéniable succès dans un monde où l’on recherche un peu plus d’humanité.

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Qu’est-ce qui est fascinant chez l’âne ?

Des grandes oreilles poilues, des arcades sourcilières prononcées, un museau blanc, des sabots droits, une démarche de mannequin, une allure douce et nonchalante…, puis un braiement…vous visionnez un âne, avec ou sans la croix de Saint-André.

Ses oreilles interpellent. Elles amusent même. Grandes, agiles, elles pivotent dans tous les sens. Aussi, son doux pelage donne envie de les caresser. Spectaculaires pour l’Homme, elles sont indispensables pour entendre les bruits au loin, très loin.

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Placide, il rassure. Doux, nonchalant, il humanise.

Petit mais costaud ! Il est proportionnellement plus puissant qu’un cheval et morphologiquement constitué pour être un porteur impressionnant. Il peut faire les trajets souhaités tout seul ! De quoi être fasciné !

Agile et rustique, il va sur tous les terrains, mêmes les plus escarpés et rocailleux.

La complicité avec l’animal est telle que pour certain, il est un compagnon intermédiaire entre le chien et le cheval.

Quelles sont les croyances erronées sur l’âne ?

Les clichés ! Loin d’être en sa faveur ! Pourquoi cette mauvaise presse, alors qu’il présente de nombreux atouts.

On disait de lui « cheval du pauvre ». La plus noble conquête de l’Homme était réservée aux seigneurs. Pourtant l’âne est aussi allé à la guerre. Il ravitaillait les troupes dans les tranchées. Aussi, les métayers n’avaient pas le droit au cheval. Ils devaient se contenter d’un âne par respect de conditions sociales. L’âne a pris sa revanche en promenant les touristes dans les villes thermales (Vichy, Vittel, etc.) et les stations balnéaires (Berk, Deauville, Biarritz, Nice, etc.).

Le bonnet d’âne pour les cancres de l’école stigmatisait l’animal comme un symbole de la bêtise et du ridicule. Heureusement, l’époque est révolue, aussi bien pour les enfants que pour l’équidé pourtant doté d’une belle intelligence.

« Bête comme un âne », « Espèce d’âne bâté », comment, avec ce genre de réprimande, peut-on avoir une bonne image de cet être docile, affectueux, réfléchi, téméraire et placide. Pourtant, l’âne peut travailler seul pour rendre de bons services à l’Homme. Il sait rester calme face au danger, il possède un remarquable sens de l’orientation et une excellente mémoire.

Têtu ? Non, il s’en remet à son expérience et à son éducation. L’âne s’éduque, et ne se dresse pas !

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Comment l’âne peut-il nous accompagner dans nos activités ?

 Le portage, sa première vocation

o Pour le loisir : Envie de se détendre, de profiter de la nature, la randonnée avec un âne bâté peut paraître saugrenue. Toutefois, cette idée originale laisse de bons souvenirs, d’autant plus que l’âne est de bonne compagnie et bien utile pour porter les affaires.

Plusieurs centaines de structures proposent la location d’âne pour des randonnées allant de la journée à plusieurs jours avec toutes les explications à suivre. Bien que réparties sur toute la France, elles sont majoritairement concentrées dans la moitié sud, notamment en région montagneuse.

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o Pour le service public :

Pour le ramassage des déchets qui trainent en ville, dans les parcs ou sur les plages ainsi que pour la collecte des corbeilles, avoir un âne comme collègue de travail, c’est extraordinaire ! L’impact est considérable.

Pour le personnel embauché comme agent d’entretien ou cantonnier, l’âne apporte une motivation à l’emploi, il diminue des manutentions, limite ainsi les troubles musculosquelettiques et valorise socialement l’agent.

Pour les propriétaires d’ânes qui réalisent des prestations de nettoyages, c’est l’occasion de valoriser ses animaux et de jouer le rôle de médiateur écologique et civique auprès de la population.

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 L’attelage

Une discipline pour le loisir ou la compétition, toutefois, des professionnels peuvent proposer des balades en attelage avec leurs ânes, afin de s’évader, de découvrir un lieu touristique, de passer un agréable moment et de partager cette occasion avec la réjouissance des enfants.

A l’occasion d’un mariage champêtre ou bucolique, un attelage avec des ânes apporte de la vie à la cérémonie et exprime un lien avec la nature. C’est une manière originale de renforcer l’effet de l’évènement. L’animation et l’attendrissement générés laissent de bons souvenirs ainsi que de magnifiques photos.

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 La traction asine Pour certains, le côté « nounours » du cheval de trait n’y fait rien. Leur taille imposante reste trop dissuasive. Dans le cas du maraîchage biologique, l’âne, plus rassurant, leur convient mieux. Sa petite taille possède aussi l’avantage de pouvoir mieux circuler dans les serres.

Savez-vous que l’âne est plus utilisé dans le monde que le tracteur ! Il coûte aussi moins cher que ces machines.

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L’âne est aussi efficace dans la médiation et asinothérapie, dans la production de lait d’ânesse, pour produire des cosmétiques comme les savons, les produits de beauté et de soins, ainsi que dans la reproduction mulassière, etc.

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Quelle a été l’épopée de l’âne ?

Il semblerait que la domestication de l’âne remonte à 6 000 ans et a aidé l’Homme à conquérir le monde. Originaire de l’Afrique de l’Est, il gagne l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Il rendait déjà bien des services à l’ère sumérienne et égyptienne.

Il continue son périple en Grèce pour le travail dans les vignes, puis comme animal de bât auprès des romains pour étendre le territoire impérial.

Au Moyen-Orient, c’est un animal commun, utile et bien aimé. Il est présent à la naissance de Jésus et le transporte jusqu’à Jérusalem pour la Pâque juive. Ainsi, le christianisme lui accorde une valeur gratifiante. La croix de Saint-André sur son dos renforce son caractère sacré. Il accompagne les moines et devient un symbole d’humilité.

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L’âne devient berger et participe aux transhumances pour porter le ravitaillement, protéger les troupeaux de chèvres et de brebis, puis il porte les chevreaux et agneaux trop fragiles pour descendre les montagnes.

Il est le compagnon de la fermière normande qui allait traire ses vaches dans les champs et l’aidait à remonter le lait grâce aux cageots sur le bât jusqu’à la ferme. Ensuite, elle faisait la distribution avec lui, cette fois attelé.

Dans le sud, il portait les fruits et légumes pour les vendre sur les marchés dans des paniers en osier accrochés au bât et descendait le pain de glaces des montagnes.

Voilà un bref aperçu de cet animal qui accompagne l’humanité depuis la nuit des temps. Même s’il a été désuet, presque oublié, suite à l’arrivée de la mécanisation, aujourd’hui son attrait se renforce, d’autant plus que l’humain a besoin de se rapprocher de la nature. L’âne est-il en vogue ? Le terme n’est pas approprié du fait de ses services rendus depuis des millénaires.

Le fleurissement des loisirs, surtout en lien avec la nature, la prise de conscience écologique et de l’impact social redonnent progressivement une nouvelle place de l’âne parmi l’Homme.

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